mercredi 24 décembre 2008

J'accuse... !

Le manifeste en faveur de l'accouchement à domicile, lancé depuis trois mois, a récolté plus de 2600 signatures. Toutes les femmes qui ont signé déclarent préférer accoucher chez elles sans assistance si aucune sage-femme libérale ne peut les accompagner dans leur projet de naissance à domicile.

On estime qu'environ 6000 femmes accouchent aujourd'hui chez elles en France, accompagnées d'une sage-femme libérale, dans un projet défini et réfléchi et en toute sécurité*.
Le nombre de signatures de ce manifeste montre à quel point ces femmes ont besoin d'avoir ce choix, et illustre de manière critique le faible nombre de sage-femmes qui peuvent les accompagner, induisant de fortes disparités géographiques inacceptables pour elles.
Pour rappel, le faible nombre de sage-femmes accompagnant les accouchements à domicile en France est dû en grande partie au problème d'assurance que rencontrent ces sage-femmes, qui ne leur permet pas d'être assurée pour cette pratique particulière. Il est aussi dû dans certaines régions de France aux pressions exercées par les obstétriciens hospitaliers et cliniciens sur les sages-femmes pratiquant les accouchement à domicile.

Ce manifeste a été envoyé à la presse, aux responsables politiques de la santé, aux responsable médicaux. Or hormis sur le web et dans une certaine presse très spécialisée, il est fait silence sur cette revendication de milliers de femmes à disposer de leur corps et à choisir le lieu de naissance de leur enfant. Un silence criminel est fait sur ces femmes qui préfèreront donner naissance sans assistance, dans notre pays développé et industrialisé, si elles ne peuvent pas bénéficier d'un accompagnement sécuritaire à domicile par une sage-femme.

J'accuse les pouvoirs publics d'être responsable de la mort de femmes et de bébés, en ne tenant pas compte de la situation désespérée de ces femmes.
Je les accuse de ne pas se donner les moyens de faire rentrer l'accouchement à domicile comme un droit fondamental en France, en laissant une situation intenable pour les sages-femmes perdurer.
Je les accuse d'ignorer les droits de la femme à disposer de son corps lorsqu'elle fait des choix pour la naissance de ses enfants.

J'accuse la presse de son silence aveuglant et aveuglé, préférant se faire l'écho des catastrophes et stigmatiser l'accouchement non ou mal assisté, que de relayer les revendications de milliers de femmes souhaitant ne pas avoir à en arriver là.

J'accuse le collège des gynécologues obstétriciens de France de camper sur des positions intenables concernant la dangerosité de l'accouchement à domicile, et de faire régner une suspicion inexplicable sur les femmes qui ont fait ce choix.

J'accuse le personnel hospitalier de réserver trop souvent un accueil hostile aux femmes transférées en cours de travail suite à un projet d'accouchement à domicile, alors que la meilleure sécurité reste une cohabitation sereine entre les deux.

J'accuse une grande majorité de gynécologues-obstétriciens de culpabiliser, ridiculiser ou stigmatiser leur patientes qui parlent d'accouchement à domicile, de les infantiliser en ne leur fournissant pas les informations nécessaires pour faire leur choix, en ne respectant pas "leur autonomie et leur volonté", à l'encontre du serment d'Hippocrate.

J'accuse enfin la politique paternaliste de notre système de santé et en particulier au niveau obstétrical, ne laissant aucun choix majeur aux femmes enceintes concernant la disposition de leur corps, les enfermant dans un rôle passif lors de l'expression maximale de leur féminité, et niant leur rôle fondamental au cours de la naissance, et bafouant leurs droits fondamentaux ç disposer d'elles-mêmes dès le moment où elles portent la vie.

Karine L.

* Mémoires de sage-femme : " Accouchement à domicile : risque ou modèle", de Cathy-Anne Piette et " Accompagnement global avec accouchement a domicile en France de 1997 a 2001 ", de Mathilde Munier

mardi 23 décembre 2008

L'effet "nocebo" des consultations prénatales

http://portail.naissance.asso.fr/docs/nocebo.htm

L'effet "nocebo" des consultations prénatales
Dr Michel Odent
article paru dans la revue "Naître & Grandir
juin-juillet-août 2001 - N°11 - T 7122

Tout le monde a déjà entendu parler de l'effet placebo. L'effet nocebo c'est à peu près son contraire. C'est ce qui se passe chaque fois qu'un professionnel de la santé fait plus de mal que de bien en agissant sur l'imagination, les croyances, les fantasmes, et donc l'état émotionnel. Cet effet agirait-il sur les futures mamans ? Michel Odent nous donne son point de vue.


L'effet nocebo possible des consultations prénatales est un sujet qui prend une importance toute particulière à notre époque. Au cours de ces dix dernières années, nous avons appris que la santé se construit dans une grande mesure pendant la vie foetale. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter notre banque de données*. On y trouve des centaines de références et résumés d'articles publiés dans des journaux médicaux et scientifiques qui font autorité. Il s'agit uniquement de recherches sur les conséquences à long terme de ce qui se passe au début de la vie. Dans tous les domaines de la médecine ont été publiées des études établissant des corrélations entre un état de santé à l'âge adulte, pendant l'adolescence ou l'enfance d'une pari, et ce qui s'est passé quand la mère était enceinte d'autre part. Bien plus encore, les physiologistes sont aujourd'hui en mesure d'expliquer comment certains états émotionnels de la femme enceinte peuvent influencer la croissance et le développement du bébé dans l'utérus.
Dans un tel contexte scientifique, il est permis d'affirmer que le bien être des femmes enceintes devrait l'emporter sur toute autre considération... Cela devrait être la priorité en matière de santé publique. Pour les praticiens, le premier devoir devrait être de protéger l'état émotionnel des femmes enceintes. Or, l'expérience révèle que les consultations prénatales sont souvent génératrices d'angoisse. Elles ont souvent un "effet nocebo". Nous connaissons tous des femmes enceintes qui ont cessé d'être parfaitement heureuses après une consultation prénatale.



DE MON POSTE D'OBSERVATION

Il se trouve qu'à Londres, nombre de sages-femmes indépendantes, d'éducatrices de la naissance et de doulas (une doula est une mère ou une grand-mère expérimentée qui accompagne la jeune mère dans la période qui entoure naissance) connaissent mon numéro de téléphone et le transmettent aux femmes dont l'angoisse a été exacerbée par une consultation prénatale. Je suis donc dans une situation propice l'étude de l'effet nocebo. Mon expérience dans ce domaine m'a appris que, dans le contexte Londres, ce sont presque toujours les mêmes situations qui justifient des appels téléphoniques urgents. Ainsi, j'ai réalisé qu'à l'origine d'un véritable effet nocebo, il y a presque toujours une méconnaissance profonde de la littérature médicale. Mon rôle se limite le plus souvent à rassurer, en m'appuyant sur des études publiées dans des journaux qui font autorité. Voici quelques exemples fréquents d'appels de futures mamans angoissées.

"MON TAUX D'HÉMOGLOBINE EST DE 9 : JE SUIS ANÉMIQUE."

Rappelons que l'hémoglobine est le pigment des globules rouges. Quand une femme a un taux d'hémoglobine d'environ 9.0 ou 9.5 à la fin de sa grossesse, on lui dit, le plus souvent à tort, qu'elle est anémique et on lui donne des suppléments de fer. Or, dire à une future mère en parfaite santé qu'elle a besoin d'une prescription de fer pour corriger des déséquilibres dans son organisme, c'est altérer, et parfois profondément, son état émotionnel. Une telle attitude témoigne bien d'une méconnaissance de la littérature médicale. Une énorme étude britannique, disposant des dossiers concernant la naissance de plus de 150 000 bébés, s'était fixé pour objectif d'évaluer les taux idéaux d'hémoglobine en cours de grossesse (1). La principale conclusion de cette étude est qu'un taux de l'ordre de 9.0 ou 9.5 va de pair avec un bon pronostic. Par contre, lorsque l'organisme maternel répond mal à la demande du foetus et du placenta et ne parvient pas à abaisser son taux d'hémoglobine en dessous de 10.5, c'est mauvais signe. Les risques de prématurité, de poids insuffisant à la naissance ou de maladies de fin de grossesse (telles que les pré-éclampsies) sont accrus. D'autres études épidémiologiques ont abouti à des conclusions voisines (2,3)


Bien que de telles données aient été publiées dans des journaux d'audience internationale, partout dans le monde des millions de femmes sont déclarées anémiques et reçoivent des prescriptions de fer, alors même que les tests spécifiques susceptibles de déceler les carences en fer et les anémies n'ont pas été demandés. L'incapacité à interpréter les résultats d'un test aussi répandu que la mesure du taux d'hémoglobine chez les femmes enceintes est un phénomène troublant parce qu'il est quasi universel. On m'a conté l'histoire d'une Japonaise qui a passé la première moitié de sa grossesse à Londres, avant de repartir à Tokyo. Une de ses amies européennes, mère de quatre enfants, l'avait avertie longtemps à l'avance qu'en fin de grossesse, on lui dirait qu'elle est anémique et on lui donnerait du fer. La fin de l'histoire, qui s'est passée à l'autre bout du monde, est facile à deviner : on lui a donné des suppléments de fer. Le phénomène n'est pas seulement répandu d'un point de vue géographique. Il est aussi répandu quel que soit le milieu médical considéré. Une équipe renommée d'épidémiologistes spécialisés dans la période qui entoure la naissance a publié une étude sur cette phase de l'accouchement qui va de la naissance du bébé à la délivrance du placenta. Afin de limiter leur étude aux grossesses à bas risque, les chercheurs ont éliminé toutes les femmes dont les taux d'hémoglobine étalent inférieurs à 10 (4). Finalement, le taux moyen dans la population étudiée était de 11.1. L'occasion m'a été ensuite donnée de souligner les points faibles de cette étude (5) qui, en réalité, a inclus nombre de grossesses à risques.

Ce mystérieux phénomène collectif a pour véritable origine un profond désintérêt pour les fonctions du placenta. L'un des rôles du placenta est de constamment manipuler la physiologie maternelle pour le bénéfice du foetus. Le placenta "parle" à l'organisme maternel au moyen d'hormones. Il joue le rôle de l'avocat du bébé. Ainsi le placenta "demande" à la mère de diluer son sang et ainsi de le rendre plus fluide. Il en résulte une augmentation du volume sanguin qui peut atteindre 40%. Ceci explique que lorsqu'on mesure, dans le sang d'une femme enceinte, la concentration d'une substance telle que l'hémoglobine, on évalue avant tout le processus de dilution, c'est à dire l'activité du placenta. Il est aisément prévisible que cette concentration, qui est de l'ordre de 12 à 13 (g/dl) en dehors de la grossesse, s'abaissera chez la femme enceinte en fonction du degré de dilution du sang. Voici ce que disent des praticiens avertis à une femme enceinte dont le taux d'hémoglobine est de 9.0 ou 9.5 : "Bonne nouvelle ! Le placenta fait bien son travail et votre sang est convenablement dilué".

"JE SUIS DIABÉTIQUE!"

C'est la deuxième phrase type prononcée par beaucoup de femmes enceintes. De nombreux praticiens ne réalisent pas à quel point l'expression "diabète gestationnel" peut avoir un effet nocebo. Un tel diagnostic conduit à confondre une sérieuse maladie chronique avec ce qui n'est habituellement qu'une réaction physiologique transitoire. Il peut du jour au demain installer dans la maladie une femme qui était auparavant heureuse et se sentait en parfaite santé. De nombreux médecins ont souligné que ce diagnostic est inutile. On a d'ailleurs pu dire que le diabète gestationnel est un "diagnostic à la recherche d'une maladie". Le Professeur Jarrett, de Londres, dit que c'est une "non-entité" (6). Une étude très importante, à l'échelle de la population canadienne, a révélé que le recours systématique aux tests destinés à déceler des diabètes gestationnels n'améliore en aucune façon les statistiques (7) et n'a donc aucune raison d'être. Le diagnostique est inutile dans la mesure où les seules recommandations pratiques qu'il entraîne habituellement sont d'éviter les sucres purs (boissons sucrées, bonbons, etc.) de préférer les hydrates de carbones complexes (pâtes, pain, riz, etc.) et aussi d'avoir une activité physique régulière. Pas besoin de tests compliqués pour aboutir à de telles recommandations, qui sont d'ailleurs valables pour toutes les femmes enceintes.


Là encore il y a une discordance entre les données publiées dans la littérature médicale et les pratiques quotidiennes. Là encore cette discordance a pour origine profonde un désintérêt quasi culturel pour les fonctions du placenta. Le placenta fait savoir à la mère que le bébé en développement a besoin de plus de sucre. En d'autres termes, il demande à l'organisme maternel de modifier son métabolisme des hydrates de carbone. Exceptionnellement, le conflit peut aboutir à une véritable maladie. Dans l'immense majorité des cas, , la réponse de l'organisme maternel à la demande du placenta ne dépasse pas le cadre des réactions physiologiques. L'organisme maternel contrôle la situation. Il n'y a pas de symptômes. Seul un test de laboratoire qui consiste à donner artificiellement à la mère un excès de sucre permet de déceler une augmentation inhabituelle du taux de glucose sanguin (c'est ce que les médecins appellent une hyperglycémie provoquée).

"ON M'A PRESCRIT UN MÉDICAMENT POUR ABAISSER MA PRESSION ARTÉRIELLE"

C'est mon troisième exemple, tout aussi courant. Il est très fréquent que le placenta demande simplement à la mère d'envoyer plus de sang. Alors, l'organisme maternel augmente sa pression artérielle. Les résultats de toute une série d'études sont convergents, qui confirment qu'une augmentation isolée de la pression artérielle en cours de grossesse va de pair avec de bonnes statistiques (8,9,10,11) Malheureusement, de nombreux praticiens présentent la simple augmentation de la pression artérielle en cours de grossesse comme une mauvaise nouvelle. Ils la considèrent même parfois comme une maladie qu'il faut traiter par des médicaments. Une revue de 45 études publiées a révélé que les seuls effets d'un traitement anti-hypertensif pendant la grossesse étaient d'inhiber la croissance du foetus et d'augmenter le nombre de bébés de petit poids (12). Les praticiens qui s'intéressent à la physiologie du placenta étaient en mesure d'anticiper les dangers de tels traitements. Beaucoup confondent l'hypertension isolée de la grossesse avec cette maladie qu'est la pré-éclampsie. Certes lors d'une pré-éclampsie, il y a une augmentation de la pression artérielle, mais il y a aussi des protéines dans les urines et un certain nombre de perturbations métaboliques. Par comparaison, on pourrait dire que lorsqu'on a une tumeur au cerveau, on a mal à la tête mais que lorsqu'on a mal à la tête, cela ne signifie pas que l'on a une tumeur au cerveau...


De nombreux autres exemples pourraient rendre compte de l'ampleur de ce phénomène inquiétant et quasi universel. J'ai simplement cherché à analyser les situations les plus fréquentes et les plus préoccupantes. Il ne faudrait cependant pas conclure que les professionnels de la santé jouent constamment un rôle négatif sur l'état émotionnel des femmes enceintes. Ils peuvent même avoir directement ou indirectement un effet positif. Je ne puis m'empêcher de penser au temps où la maternité de Pithiviers était "la maternité chantante". A la fin de nos groupes de chant - qui se terminaient souvent en groupes dansants - les visages étaient rayonnants. Nous faisions plus pour la croissance et le développement des bébés à naître qu'en multipliant les échographies....



Références :

1 Steer P, Alam MA, Wadsworth J, Welch A. Relation between maternal haemoglobin concentration and birth weight in different ethnic groups. BMJ 1995; 310:489-91 - 2 Koller O, Sandvei R, Sagen N. High hemoglobin levels during pregnancy and fetal risk. int J Gynaecol Obstet 1980; 18:53-56. -3 Garn SM, et al. Maternal hematologic levels and pregnancy outcome. Semin Perinatol 1981; 5:155-62. - 4 Rogers J, Wood J, et al. Active versus expectant management of third stage of labour: the Hinchingbrooke randomised controlled trial. Lancet 1998 351: 693-99. - 5 Odent M. Active versus expectant management of third stage of labour Lancet 1998; 351:1659. - 6 Jarrett RJ. Gestational diabetes : a non-entity ? BMJ 1993; n306: 37-38. - 7 Wen SW, Liu S, Kramer MS, et al. impact of prenatal glucose screening on the diagnosis of gestational diabetes and on pregnancy outcomes. Arn J Epidemiol 2000; 152(11): 1009-14. - 8 Symonds EM. Aetiology of pre-eclampsia : a review. JR Soc Med 1980; 73: 871-75. - 9 Naeye EM, Maternal blood pressure and feral growth. Am J Obstet Gynecol 1981; 141: 780-87. - 10 Kilpatrick S. Unlike pre-eclampsia, gestational hypertension is not associated with increased neonatal and maternal morbidity except abruptio. SPO abstracts. Am J Obstet Gynecol 1995 ; 419: 376. - 11 Curtis S, et al. Pregnancy effects of non-proteinuric gestational hypertension, SPO Abstracts. Am J Obst Gynecol 1995 ; 418 : 376. - 12 Von Dadelszen P, Ornstein MP, et al. Fall in mean

dimanche 21 décembre 2008

PAROLE DE NAISSANT

http://users.swing.be/carrefour.naissance/Articles/refl/ParoleDeNaissant.htm

Blandine Poitel (mère de trois enfants)

Je viens de loin, si loin que vous ne pouvez imaginer. J'ai fais tant de chemin, évité tant d'obstacles, traversé tant d'orages, survécu à tant de naufrages, déjoué tant d'oracles pour vivre mes lendemains ! Je viens de loin ; je suis ce que vous avez été un jour, si lointain que vous l'avez enseveli au plus profond de vous. N'oubliez pas : je suis humain. Petit, maladroit, désarmé, mais ... bien plus humain que vous ne me le laissez percevoir. Vous vous récriez : ce que je dis, vous le savez, en conséquence vous agissez !

Alors pourquoi, je ne comprends pas, expliquez moi ...

... pourquoi m'arracher à celle que je viens de quitter, à celle que je viens de retrouver, ... pourquoi m'emmener loin de son corps, terre nourricière et chaleureuse, source de vie, source de ma vie,

... pourquoi ces lumières qui me déchirent, ... pourquoi ces bruits qui me lacèrent, ... pourquoi ces mots au fer rouge, ... pourquoi ces mains dures qui me triturent,

... pourquoi ces choses qui m'étouffent, me suffoquent, me torturent, qui se fraient un chemin inexorablement dans ma chair si neuve, si vierge de souffrance, ... pourquoi cet acharnement sans nom, sans mots qui m'expliquent ...

Vous ne savez pas. VOUS NE SAVEZ PAS ...

... que je ne connais pas le temps,

... que chaque seconde de souffrance dure pour moi l'éternité

... que mes sensations sont encore immatures : avoir mal à un endroit, c'est être mal partout,

... que quand je pleure, j'appelle au secours, et que la non réponse est négation de ma personne, de mes besoins, qui provoque une explosion d'angoisse anéantissante, d'autant plus si cela se répète,

... que ma mère est mon air, mon eau, ma vie ; me séparer d'elle, c'est une éternité de désert et de souffrance, une perte que je sens irrémédiable et sans fin,

... qu'être contenu EST LA VIE ; depuis le commencement, je suis en un lieu clos, obscur, chaud qui me contient ; être nu, avoir les jambes, les bras, la tête non soutenus me jette dans une détresse vitale, profonde.

Puisse ma voix vous atteindre, mes mots vous toucher, Puissiez vous enfin être doux, compréhensif, salvateurs avec moi, Puissiez vous vous souvenir de ces émotions si puissantes, quand tout était neuf : des sensations d'impuissance anéantissante quand tout dépendait d'autrui, de l'amour qui vous épanouissait comme une fleur au matin, de la joie comme une irruption sauvage et vivifiante, de la détresse canne de l'effondrement brutal du monde, du bien être comme d'une après midi au soleil, langoureuse, tiède, sucrée et parfumée canne une confiture de fraise, de la douleur canne d'une vague dévastatrice éparpillant mon être aux confins de l'univers.



PUISSIEZ VOUS VOUS SOUVENIR, ET AGIR ! ! !

MERCI


* Naissant : Néologisme créé par le Docteur Claude Emile Tourné, gynécologue obstétricien, désignant "le foetus en mouvement de naître" canne acteur de sa propre naissance. Il me semble recouvrir au plus juste et tout à la fois l'individu et sa volonté d'advenir à la lumière, le mouvement de cette naissance et la continuité entre le foetus dans le ventre de sa mère et le bébé à l'air libre. Ce terme est explicité amplement dans ses ouvrages "Naissance et Maltraitance", Cahiers de 1 ' Université de Perpignan, et "Le Naître Humain - Cette Naissance qui vient à l'Homme", L'Harmattant.

Texte paru dans les Dossiers de l'Obstétrique p.38 - n°301 - Janvier 2002.

Positions...

Des positions pour faciliter et accélérer l'accouchement :
http://afar.naissance.asso.fr/posters/positions/positions2-fr-low.jpg

Des positions pour faciliter la naissance de votre bébé :
http://afar.naissance.asso.fr/posters/positions/positions1-fr-low.jpg

vendredi 19 décembre 2008

L'épisiotomie en réalité...

http://afar.naissance.asso.fr/episiotomie.htm

Sur les sites grand public consacrés à l'accouchement, on trouve typiquement ce type de discours :

* L'épisiotomie est pratiquée pour éviter une déchirure du périnée jusqu'à l'anus. C'est un moindre mal, une coupure nette étant plus facile à réparer qu'une déchirure spontanée. Elle permet de préserver le tonus du périnée et de garder une vie sexuelle épanouie. Donc n'en ayez pas peur !
* L'épisiotomie est quasi-indolore. La suture se fait sous anesthésie locale. Les premiers jours la cicatrice peut être douleureuse mais au bout d'une semaine tout va bien.

Sur les forums de ces mêmes sites, on trouve aussi pourtant des témoignages souvent timides (puisque bébé va bien n'est-ce pas...) montrant autre chose. En privé, nous entendons parfois des témoignages réellement pénibles : douleur et dyspareunie pendant des mois, cicatrice asymétrique ou non lisse, suture faite sans aucune anesthésie, suture "trop serrée" ayant rétréci l'entrée du vagin, mauvaise incision ayant coupé ce qu'elle n'aurait pas du.

Nous vous présentons une autre vision que celles des sites grand public, beaucoup moins anodine, et surtout beaucoup plus réaliste, de ce geste pratiqué au moins une fois sur environ 60% des mères françaises. Cette présentation est basée sur les résultats d'études scientifiques, ce que l'on appelle médecine factuelle ou basée sur des preuves. Nous ne faisons que résumer ce qui est publié dans la littérature médicale, références à l'appui.

Episiotomie : témoigner, informer, dénoncer, agir...

L'épisiotomie est l'incision volontaire du périnée de la femme en train d'accoucher, entreprenant la peau, la muqueuse et une partie des muscles qui entourent la vulve et le vagin de la femme. Il s'agit d'un acte chirurgical pouvant être posé par les médecins et les sages-femmes lors d'un accouchement. L'épisiotomie nécessite une suture importante. L'épisiotomie et sa suture peuvent entraîner des douleurs locales et des inconvénients de confort durant plusieurs jours. Pratiquée dans de mauvaises conditions ou par des personnes moins compétentes, cette suture peut "lâcher" laissant une plaie importante béante. La plaie peut aussi s'infecter, soit parce que la vulve était porteuse de germes qui sont alors entrés dans la plaie, soit parce qu'elle a été infectée par des germes de l'hôpital lors des soins (infections nosocomiales). Lorsqu'il y a un "lâchage" de suture et une infection locale, les soins sont importants, et peuvent comprendre, par la suite, une "reprise" chirurgicale "esthétique".

Les raisons invoquées pour justifier l'épisiotomie sont en premier lieu l'accélération de l'expulsion foetale et l'utilisation d'instruments tels que la ventouse ou les forceps. En second lieu, l'argument est d'éviter une déchirure, supposée potentiellement plus importante que la coupure volontaire. L'épisiotomie est présentée autant dans la grande presse médicale que populaire comme un acte nécessaire alors que de nombreuses études scientifiques démontrent le contraire. Ces études ne sont pratiquement jamais mentionnées lors des séances d'information prénatale. La femme et son compagnon ne sont pas informés de cet acte avant son exécution, par crainte d'une réaction de peur ou de refus spontanée. Ce n'est qu'une fois réalisé qu'il est, éventuellement, expliqué, mettant souvent en avant la santé voire la survie de l'enfant.

En France, selon l'enquête nationale périnatale de 1998 (accessible sur le site ), le taux d'épisiotomies était de 71,3% pour les primipares et de 36,2% pour les multipares (donc en moyenne 53,7% c'est à dire plus d'une femme sur deux). Dans certaines maternités, le taux d'épisiotomies atteint 90% ! Dans ces proportions, il semble évident que cet acte n'est pas posé pour des raisons précises concernant la femme qui enfante, mais doit être considéré comme un geste systématique dénué de toute réflexion et de remise en question. Au Royaume Uni, le taux d'épisiotomie a chuté de 52% à 13% après les campagnes menées par des associations d'usagères des services obstétricaux comme l'AIMS ... En Suède il n'est que de 6%. Il tombe à une valeur insignifiante dans la pratique d'accompagnants de naissance (médecins ou sages-femmes) informés et conscients de la gravité de cet acte et de ses conséquences. Vous pouvez consulter les tableaux comparatifs des taux d'épisiotomie dans le monde

L'AFAR (Alliance Francophone pour l'Accouchement Respecté) se situe, ici, comme une association de défense des usagères en dénonçant les abus de l'épisiotomie et en informant autant les hommes et les femmes que les professionnel(le)s des alternatives possibles. Nous avons recensé près de 70 études prouvant que l'épisiotomie de routine n'est pas justifiée médicalement. Les références et résumés de ces articles sont disponibles sur la base de données de l'AFAR : Un argumentaire détaillé sur l'épisiotomie se trouve sur la page : On y explique notamment, preuves à l'appui, que les causes des déchirures périnéales que l'épisiotomie prétend éviter sont à rechercher dans les procédures obstétricales : position d'accouchement imposée, poussées dirigées, dopage au Syntocinon, etc. En parlant d'épisiotomie, on peut ainsi remonter toute une chaîne d'interventions abusives justifiées uniquement par la crainte du médico-légal. Une crainte qui se réduit, en France, à la peur de "ne pas en faire assez".

A l'inverse de cette manière de faire, la pratique médicale factuelle ("evidence based"), qui s'appuie sur des études systématiques des conséquences des gestes obstétricaux, est la seule qui puisse faire évoluer les protocoles. Encore faut-il que les parents s'informent, se préparent, connaissent leurs droits, et dialoguent avec des professionnels le plus souvent coupés du monde de la recherche. (Lire à ce sujet l'article de Martin Winckler, "Médecins sous influences", dans le Monde Diplomatique de janvier 2004 : Voir également les débats sur son site personnel : )

Dans les Dossiers de l'Obstétrique, revue d'informations médicales et professionnelles de la sage-femme (juin 2001), Farida Hammani dénonce la pratique de l'épisiotomie comme une "mutilation génitale".

Pour plus d'informations sur les Recommandations de pratique clinique (RPC) en cours, consulter le dossier de CianeWiki : .


Plus d'informations ici : http://afar.naissance.asso.fr/episiotomie.htm
et ici : http://www.episiotomie.info

La déclaration de naissance

http://afar.naissance.asso.fr/declaration.htm

Que dit la loi ?

Dès lors qu'un enfant naît sur le territoire français les parents sont tenus d'en faire la déclaration, même s'ils sont étrangers. L'article 55 du code civil précise que : "Les déclarations de naissance seront faites dans les trois jours de l'accouchement, à l'officier de l'état civil du lieu. Le décret n° 60-1265 du 25 novembre 1960 précise que le jour de l'accouchement ne compte pas dans le décompte des trois jours (article 1er alinéa 1) et que si le dernier jour du délai tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, ce délai est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant (article 1er alinéa 2). Enfin, l'article 56 du code civil précise que : "La naissance de l'enfant sera déclarée par le père, ou, à défaut du père, par les docteurs en médecine ou en chirurgie, sages-femmes, officiers de santé ou autres personnes qui auront assisté à l'accouchement (...). L'acte de naissance sera rédigé immédiatement."

En d'autres termes :

"La déclaration relève en priorité du père, et les autres n'interviennent qu'à défaut. L'accouchement à la maison est la norme, puisque c'est seulement par exception qu'est envisagé l'accouchement hors du domicile, cet autre lieu étant conçu comme étant le domicile d'une autre personne et pas l'hôpital. Lorsque les médecins et les sages-femmes déclarent la naissance c'est, quel que soit le lieu, secondairement au père. Mais c'est bien en tant qu'intervenant au domicile de la mère qu'ils ont été envisagés par le code civil. Où l'état des choses, à l'époque napoléonienne, nous sert finalement. En conclusion, les textes de loi français sont très clairs ! Non seulement la déclaration de naissance peut être faite par le père s'il était présent à l'accouchement, mais c'est un droit civique." Martine Herzog-Evans, consultante juridique de l'AFAR.

Les pratiques en vigueur :

Malgré tout, une demande de "certificat de naissance" établi par un professionnel est non seulement mentionnée sur plusieurs sites d'informations, mais, dans la pratique, ce papier est quasiment toujours exigé. L'AFAR se propose donc d'épauler et soutenir les parents qui désirent, par acte citoyen ou conviction personnelle, déclarer eux-mêmes la naissance de leur enfant. Dans le cas d'un accouchement en milieu hospitalier, il est possible d'inclure cette demande dans un projet de naissance, car les accords entre les mairies et les structures hospitalières privent de manière systématique le père de ce droit. Il est à préciser que ce "certificat de naissance" n'a rien à voir avec le "certificat de santé des 8 jours" qui sert à recevoir les allocations familiales (ainsi que ceux des 9 mois et deux ans qui sont établis par un médecin).

Etre informé :

Plusieurs parents se sont battus pour faire valoir leurs droits et se sont fait connaître auprès de l'association. Certains ont eu gain de cause, grâce à une intervention téléphonique de leur avocat, ou du procureur de la république appelé à leur demande et en leur présence par l'officier de l'état civil. D'autres ont eu moins de chance et se sont vus opposer des articles de l'Instruction Générale de l'État Civil (IGEC), pourtant en accord avec les articles du code civil, et exiger une attestation médicale. Il convient donc d'être parfaitement informé puisque de nombreux officiers de l'état civil ne sont pas habitués à cette démarche qui bouleverse leurs habitudes. Tous les textes de loi relatifs à la déclaration sont disponibles sur ce document : . Nous vous conseillons de le lire attentivement et de l'imprimer si vous envisagez de déclarer la naissance de votre enfant sans attestation médicale. Par ailleurs, il ne faut pas confondre la déclaration de naissance avec le lien de filiation.

La situation la plus délicate est celle où l'officier de l'état civil refuse d'enregistrer une déclaration de naissance sans attestation médicale. En effet, les textes ne précisent pas les démarches à faire en pareil cas. Car, ce n'est pas au père, qui s'est déplacé dans les délais, de se soumettre à des pratiques incorrectes voire de se mettre hors la loi en étant hors délais, pire, engager sa responsabilité et encourir une amende (c'est un comble !), mais à l'officier de l'état civil de tout mettre en oeuvre pour enregistrer correctement la déclaration. L'IGEC précise (art. 271) la possibilité, pour l'officier de l'état civil, de se rendre auprès de l'accouchée pour vérifier que l'enfant est vivant, ou encore de déléguer un médecin auprès d'elle, ce qui a été refusé à la famille Belloir (adhérente AFAR). L'IGEC précise également (art. 272-1 + jurisprudence) que si l'accouchement a eu lieu sans témoin, il revient à la mère de faire la déclaration. C'est dans ce cas de figure que se retrouvent les parents si l'accouchement a eu lieu sans assistance médicale, ce qui crée donc l'impossibilité d'obtenir une attestation. Si l'officier de l'état civil exige une attestation en pareil cas, cela revient à demander à un médecin (complaisant !) de faire un faux, ce qui est grave ! D'autant que l'article 56 du code civil précise que : "L'acte de naissance sera rédigé immédiatement." En cas de refus d'enregistrer une déclaration, il faut certainement exiger de la mairie un papier exposant la raison du refus et attestant par sa date que le père s'est bien déplacé dans le délai légal. (Un exemple d'attestation est disponible auprès de l'AFAR.)

Le refus pourrait être considéré comme un abus de pouvoir pouvant, de plus, générer un préjudice. L'AFAR met tout en oeuvre pour rendre publiques les démarches et apporter son soutien dans l'action juridique prévue. En août 2004, des parents se sont vu refuser l'attestation médicale par le médecin (appelé par eux à leur chevet) qui a exercé un chantage en donnant comme alternative soit d'aller à l'hôpital, soit de prévenir les services sociaux (PMI). Autre "petite" histoire : un père, devant le cas d'un refus d'enregistrement, a eu l'idée d'aller au commissariat pour déposer plainte. Mais le commissariat n'a pas su constater le refus d'enregistrement de la part de la mairie (ils n'ont pas de formulaire...). Au moment de retourner à la mairie pour demander un papier attestant que sa demande d'enregistrement est refusée, ce père a vu sa demande d'enregistrement aboutir car l'officier de l'état civil avait entretemps fait appeler le Procureur de la République ! En somme, en cas de conflit, les demandes ont abouti par pression juridique.

Attention !

Tout ce qui précède ne concerne que la légalité de la procédure de déclaration d'un nouveau-né. Il faut savoir que des officiers d'état-civil demandent souvent un certificat médical pour des raisons qui n'ont rien à voir avec cette procédure : ils tiennent à s'assurer que l'enfant n'a pas été volé ni adopté illégalement. Le certificat médical d'un professionnel ayant assisté à l'accouchement est généralement le moyen le plus simple pour obtenir cette certitude. Mais ce n'est pas le seul moyen : il est possible, en cas d'enquête, de produire des documents (certificats médicaux, échographies...) prouvant que la mère était enceinte, et si aucun document n'est disponible le test génétique établirait sans équivoque la filiation mère-enfant.

Cette précaution n'a rien d'une paranoïa sécuritaire. Récemment (2007) un couple a tenté (sans succès) de déclarer en France un bébé acheté à une mère porteuse aux USA. D'autre part, des réseaux d'adoption illégale sont régulièrement démantelés. Il est donc prudent de se présenter à l'état-civil en ayant connaissance de cette suspicion qui ne manquera pas de voir le jour si les parents ne sont pas connus dans la commune et/ou s'ils déclarent avoir accouché sans assistance médicale. (Cette dernière situation est tellement rare qu'elle suscite, au mieux, l'incrédulité, au pire la méfiance, même si ce choix n'a rien d'illégal.)

Sachez aussi que les officiers d'état civil ne sont pas habilités à mener une enquête, par exemple en téléphonant à l'établissement où vous déclarez que l'accouchement a eu lieu. Mais ils peuvent saisir le Procureur de la République qui leur donnera, même par téléphone, l'ordre de rechercher ces informations, ou qui diligentera à son tour une enquête. Par ailleurs, le maire, ayant le statut d'officier de police judiciaire, peut venir constater la naissance d'un enfant vivant. Une chose imparable en cas de visite des policiers/gendarmes est de les recevoir, bébé au sein. Personne dans ce pays n'imagine possible d'allaiter un enfant qui n'est pas le sien sans avoir accouché !

Ne pas chercher les ennuis...

De manière générale (et cela ne vaut pas que pour l'accouchement) évitez tout conflit inutile avec les autorités, même si vous êtes dans votre bon droit, car le simple fait que vous n'ayez pas suivi la norme sociale vous place en position de faiblesse. Vous pourrez sans doute avoir raison en faisant intervenir un(e) avocat(e) ou en engageant des poursuites, mais songez que les « perdants » ont d'autres moyens d'exercer des pressions, par exemple en lançant une enquête de la PMI pour vérifier que vos enfants sont bien soignés (vaccinations, instruction, soins médicaux etc.) et/ou que vous ne faites pas partie d'une secte. Donc, sachez être diplomates et gérer les inquiétudes, justifiées ou non, de vos interlocuteurs face à un comportement jugé « hors normes ».

Plus d'informations ici : http://afar.naissance.asso.fr/declaration.htm

L’Académie française de médecine soutient les pratiques mais oublie les preuves

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42158

L’Académie nationale de médecine contribue à la désinformation du public sur les sujets de l’accouchement à domicile et celui de l’accompagnement par une doula durant la grossesse, l’accouchement et les suites de couches. Certains points du communiqué du 10 juin 2008, au sujet de la profession de doula, décrivent comme « potentiellement dangereuses » [1] des pratiques dont la littérature scientifique a établi qu’elles ne le sont pas.

L’Académie nationale de médecine contribue à la désinformation du public sur les sujets de l’accouchement à domicile et celui de l’accompagnement par une doula durant la grossesse, l’accouchement et les suites de couches. Certains points du communiqué du 10 juin 2008, au sujet de la profession de doula, décrivent comme « potentiellement dangereuses » [1] des pratiques dont la littérature scientifique a établi qu’elles ne le sont pas.

L’Organisation mondiale de la santé, après avoir compulsé la littérature scientifique disponible sur le sujet, a émis des recommandations pour la prise en charge d’un accouchement normal [2]. Tous les bureaux de l’OMS, y compris européens, ont participé à l’élaboration de ces recommandations. Les pratiques passées en revue concernent aussi bien les pays en voie de développement que les autres.

Certaines recommandations concernent même spécifiquement nos pays industrialisés puisque l’évaluation porte sur l’utilisation de technologies inexistantes dans les pays en voie de développement (monitoring en continu ou analgésie péridurale, par exemple). Les études scientifiques nous apprennent que le jeûne imposé à une femme qui accouche est potentiellement dangereux car il contribue à son épuisement [3]. D’autre part, l’interdiction de boire et de manger est dans nos maternités systématiquement compensée par la mise en place d’une perfusion de soluté glucosé dont il a été établi qu’elle peut s’avérer néfaste pour la femme et son bébé (voir [4] [5] [6] [7]).

Pour ce qui est de la durée de la phase d’expulsion du bébé, même si l’OMS reconnaît qu’après deux heures chez une primipare, la probabilité d’un accouchement spontané dans des délais raisonnables diminue, elle préconise que la décision d’interrompre le deuxième stade du travail soit avant tout basée sur la surveillance de l’état de la mère et du fœtus et sur l’évolution du travail. Si tout se passe bien, il n’y a pas lieu de vouloir observer absolument une durée stipulée [8].

Pour ce qui est du recours aux forceps, l’OMS mentionne que la présence pendant l’accouchement de professionnels non qualifiés pour intervenir, mais désireux de préserver la normalité, peut apparemment prévenir des interventions superflues. L’épidémie mondiale d’extractions instrumentales requiert une attention accrue car toute intervention superflue est dangereuse pour la femme et pour le nouveau-né [8].

Les doulas, tout comme les femmes qu’elles accompagnent à la maternité ou à domicile, ne s’opposent pas à ce que soit effectuée une intervention médicale rigoureusement nécessaire. La désobstruction des voies aériennes du nouveau-né, tout comme l’aspiration gastrique, sont des gestes qui n’ont pas lieu d’être effectués en routine car, outre qu’ils sont désagréables voire douloureux pour le bébé, ils sont de nature à perturber la mise en route de l’allaitement [9].

L’Académie de médecine donne son assentiment à la pratique systématique d’interventions dont l’utilité n’est pas démontrée (voire dont la nocivité est avérée) et auxquelles de nombreux parents s’opposent aujourd’hui. Les doulas ne sont là que pour faire écho à ces requêtes ; elles n’en sont pas les initiatrices. Elles ont été contactées par des femmes qui, loin d’être fragiles ou vulnérables, ont des attentes particulières et sont déjà dans une remise en cause de la prise en charge hospitalière usuelle.

Disons également que les espaces physiologiques, les Maisons de naissance - dont aucune n’existe encore en France - et davantage de sages-femmes sont des mesures indispensables à un meilleur vécu pour les femmes et leur conjoint. Ces simples mesures structurelles, préconisées depuis longtemps par l’AFAR (Alliance francophone pour l’accouchement respecté) réduiraient les coûts pour la collectivité (diminution proportionnelle à la baisse du nombre d’interventions médico-chirurgicales et de leurs éventuelles complications).

L’économie financière serait d’autant plus intéressante pour les Maisons de naissance qui sont une alternative que la France ne VEUT PAS mettre en place. Elles permettraient, sur une grossesse dite à bas risque, d’économiser 765 euros par femme et par grossesse [10]. Il est intéressant de signaler à ce propos l’opposition officielle à ces projets du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF) [voir 11], de la Société française d’anesthésie-réanimation (SFAR) et du Club anesthésie-réanimation en obstétrique (CARO) [voir 12].

Pour répondre aux attentes des femmes résidant sur notre territoire, il conviendrait également de « dédiaboliser » l’accouchement à domicile, encore moins coûteux qu’un accouchement en Maison de naissance pour la collectivité. Contrairement à ce que prétend l’Académie de médecine, cette pratique ne présage pas un désastre néonatal quand elle s’inscrit dans le cadre de l’accompagnement global (une femme, une sage-femme, du début de la grossesse en passant par l’accouchement et pour les suites de couches).

Il est prouvé qu’il n’est pas plus dangereux pour une femme d’enfanter à son domicile, lorsque les conditions physiologiques et de surveillance préconisées sont respectées, qu’à l’hôpital [voir 13]. Ce choix est d’ailleurs encouragé par le ministère de la Santé au Royaume-Uni [14]. Il est faux de prétendre que les doulas sont responsables de la demande croissante d’accouchement à domicile puisqu’elles n’accompagnent que des accouchements où la sage-femme est présente.

On ne peut pas ainsi gommer les attentes des femmes en prétextant une instabilité émotionnelle qui les rendrait tout bonnement inaptes à faire des choix éclairés lorsqu’elles sont enceintes. C’est en pleine possession de leurs facultés intellectuelles et parfaitement conscientes de ce que cela implique, tant au niveau des bénéfices que des risques, que certaines font ce choix. Ce qui est dangereux, ce n’est ni l’accouchement à domicile ni la présence des doulas, mais l’absence de choix qui contraindrait éventuellement une femme à accoucher seule chez elle.

C’est l’occasion de souligner que les sages-femmes françaises proposant un accompagnement à domicile ne sont plus couvertes par une assurance depuis 2000, que les corporations de médecins ne semblent guère s’en émouvoir et que les pouvoirs publics ne montrent aucun désir de remédier à la situation. En prenant position avec autant d’aplomb et si peu de références, l’Académie de médecine signifie simplement son refus d’une profonde remise en cause de pratiques professionnelles parfois nocives aux femmes et à leurs bébés. Elle se met en porte-à-faux avec le credo de tout bon praticien : « Primum non nocere ».

L’AFAR n’est ni pour ni contre l’existence des doulas. Nous constatons simplement que l’émergence des doulas répond à la volonté des femmes et que cette dernière doit être respectée. Il est possible que cette demande soit partiellement comblée par l’augmentation des effectifs de sages-femmes et l’évolution des pratiques hospitalières, mais rien ne permet de l’affirmer. Il convient certainement mieux d’envisager la présence des doulas sous l’angle de la complémentarité [15]. L’AFAR a mis à la disposition du public et des professionnels une base de références scientifiques de plusieurs milliers d’articles [16]. Ce qui contraste avec les affirmations fausses et dénuées de toute référence dont l’Académie de médecine se fait l’écho.

Catherine Chaumont

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Références
[1] [http://www.academie-medecine.fr/detailPublication.cfm ?idRub=26&idLigne=1400#
[2] http://www.who.int/reproductive-health/publications/French_MSM_96_24/index.html
[3] http://www.who.int/reproductive-health/publications/French_MSM_96_24/MSM_96_24_chapter2_part1.fr.html
[4] Lucas A, Adrian TE, Aynsley-Green A, Bloom SR. Iatrogenic hyperinsulinism at birth. Lancet 1980 ; 1:144-145.
[5] Lawrence GF, Brown VA, Parsons RJ, Cooke ID. Feto-maternal consequences of high-dose glucose infusion during labour. Br J Obst Gynaecol 1982 ; 89:27-32.
[6] Rutter N, Spencer A, Mann N, Smith M. Glucose during labour. Lancet 1980 ; 2:155.
[7]Tarnow-Mordi WO, Shaw JCL, Liu D, Gardner DA, Flynn FV. Iatrogenic hyponatraemia of the newborn due to maternal fluid overload ; a prospective study. Br Med J 1981 ; 283:639-642.
[8] http://www.who.int/reproductive-health/publications/French_MSM_96_24/MSM_96_24_chapter4.fr.html
[9] G. Gremmo-Féger - Pédiatre au CHU de Brest. Dossiers de l’Allaitement n°51, 2002.
[10] http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/25/46/25/mdn/forfait-agn-mdn.pdf
[11] http://www.cngof.asso.fr/D_TELE/080310DHOS_Maisons%20de%20naissance.pdf
[12] http://wiki.naissance.asso.fr/index.php ?pagename=CaroSfarMdn13mars2008
[13] http://www.ansl.org/images/MemoireMMunier.pdf
[14] http://wiki.naissance.asso.fr/index.php ?pagename=NationalHomeBirthStatisticsUk
[15] http://wiki.naissance.asso.fr/index.php ?pagename=AfarMotionDoulas#Motion_sur_la_professionnalisation_des_doulas
[16] http://afar.naissance.asso.fr/biblio-liens.htm