samedi 11 décembre 2010

Césarienne et santé primale

Source : regard conscient

Césarienne et santé primale d'après le Dr Michel Odent*




Résumé : Une naissance par césarienne a des conséquences durables sur le développement de l’enfant. Aux risques accrus d’affections somatiques telles que l’asthme s’ajoutent les troubles du comportement que le Dr Michel Odent définit par une « altération de la capacité d’aimer ».
 


Quel est l’effet d’une naissance par césarienne sur la santé globale d’un enfant ? Cette question n’est que rarement posée parce qu’elle met implicitement en cause le pouvoir que le corps médical s’octroie sur le processus naturel de l’accouchement et impose comme modèle de référence. Les travaux du Dr Michel Odent soulignent au contraire qu’une naissance naturelle est par elle-même la référence et qu’il nous revient de nous libérer de notre compulsion à en perturber la physiologie. Ses recherches en santé primale mettent en évidence certaines des corrélations existant entre les circonstances de la période de la vie qu’il nomme primale – incluant la vie fœtale, la naissance et la première année de l’enfant – et la santé globale des personnes parvenues à l’âge adulte. Son site Primal Health Research (1) contient des sources et des résumés d’études publiées dans la littérature médicale qui font état de telles corrélations. Vu l’engouement que suscite aujourd’hui la césarienne dans certains milieux, il n’est guère surprenant qu’un nombre relativement faible de publications porte directement sur les effets à long terme de cette opération. Les données épidémiologiques les plus significatives concernent les affections respiratoires, en particulier l’asthme de l’enfance et de l’âge adulte.

Césarienne et asthme

Dans une étude finlandaise portant sur un groupe d’adultes âgés de 31 ans, les sujets nés par césarienne furent diagnostiqués comme asthmatiques trois fois plus fréquemment que les autres à l’âge adulte (2). Les complications à la naissance en général et la césarienne en particulier sont apparues comme des facteurs de risques pour l’asthme infantile dans une autre étude réalisée par les mêmes chercheurs auprès d’enfants de 7 ans (3). Une troisième, également finlandaise, portant sur les registres de naissance de 60’000 enfants nés en 1987, confirme que la naissance par césarienne peut être associée à une prévalence accrue d’asthme de l’enfance (4). Il est par ailleurs établi que les difficultés respiratoires du nouveau-né sont plus fréquentes après une césarienne programmée, sans travail, qu’après une naissance par voie vaginale ou une césarienne en cours de travail. D’après certains travaux, les hormones libérées au cours de l’accouchement contribuent à achever la maturation des poumons. Il est donc concevable qu’un bébé né sans travail souffre de difficultés respiratoires par la suite.
Du fait notamment que la recherche en santé primale est une discipline récente, la plupart des protocoles d’études explorant les facteurs de risques qui entourent la naissance utilisent des concepts imprécis tels que « complications à la naissance ». Il est donc difficile de trouver une évaluation spécifique des risques associés à l’opération césarienne et a fortiori de ceux qui découlent plus directement d’une césarienne programmée. Dans une étude britannique par exemple, les enfants dont la mère a souffert d’une dépression après l’accouchement présentent plus de comportements qualifiés de violents à l’âge de 11 ans, mais les circonstances de l’accouchement ne sont pas rapportées (5).
Quelques recherches montrent par ailleurs que les femmes accouchant par césarienne souffrent plus de dépression que les autres (6). Il est donc possible d’avancer que le contexte général d’une naissance par césarienne peut être mis en corrélation avec des symptômes par lesquels la société définit aujourd’hui la violence dite juvénile, mais aucun chercheur ne s’aventure à faire ce lien direct pour l’instant. À plus forte raison, il n’existe aucune évaluation des risques dans le cas précis d’une césarienne élective programmée.

Altération de la capacité d’aimer

Les conséquences d’une naissance par césarienne sur le développement global de la personnalité sont mieux comprises par ce que Michel Odent appelle une altération de la capacité d’aimer. Cette expression recouvre des troubles aussi variés que les difficultés à être en relation ou à s’aimer soi-même, les comportements autodestructeurs comme les toxicomanies ou les conduites suicidaires, l’anorexie mentale ou encore l’autisme. Cette dernière affection, objet des premières recherches menées dans une perspective de santé primale par l’éthologue Niko Tinbergen et sa femme, peut servir d’exemple pour comprendre quels facteurs altèrent notre capacité d’aimer.
Familiers de l’observation des comportements animaux, les Tinbergen se sont intéressés au langage non verbal des enfants autistes et ont identifié dans la période périnatale une liste de facteurs qui prédisposent à cette maladie : le déclenchement de l’accouchement, un accouchement sous anesthésie, le recours aux forceps ou encore une réanimation à la naissance (7). Ces interventions avaient en commun de perturber l’établissement du lien entre l’enfant et sa mère dans la première heure qui suit la naissance. Il fallut attendre 2002 pour qu’une étude épidémiologique suédoise confirme que l’incidence de l’autisme était significativement plus importante parmi les enfants nés par césarienne et parmi ceux qui présentaient des symptômes de souffrances néonatales, sans toutefois différencier l’impact d’une césarienne d’urgence et celui d’une césarienne programmée sans travail (8). Plus récemment, une étude australienne a pu déterminer qu’une césarienne programmée multipliait par plus de deux fois l’incidence de l’autisme et une césarienne d’urgence par une fois et demie. D’autres complications périnatales furent également corrélées avec une incidence accrue de l’autisme chez l’enfant (9).

Le lien mère-enfant

La capacité naturelle de la mère à être présente à son bébé au cours de l’accouchement et dans les instants qui suivent la naissance est déterminante pour l’équilibre de l’enfant, en particulier pour son aptitude future à établir des relations heureuses avec son entourage. À l’inverse, toute perturbation des processus physiologiques à l’œuvre pendant l’accouchement a des conséquences durables sur le développement de sa personnalité. Lors d’une césarienne, le choc opératoire et même la seule anesthésie – qu’elle soit générale ou régionale – altèrent brutalement le comportement maternel. Chez les singes utilisés en laboratoire, les femelles ne s’occupent guère de leurs petits après une césarienne et le personnel doit répandre des sécrétions vaginales sur le corps des nouveaux-nés pour tenter d’éveiller leurs instincts maternels (10). L’aptitude de l’espèce humaine à élaborer des stratégies culturelles pour s’adapter aux perturbations infligées aux processus physiologiques ne peut que pallier la perte des repères naturels et non leur substituer de nouveaux modèles.
Lorsque le bébé vient au monde d’une façon naturelle, la flore intestinale maternelle colonise immédiatement le corps du nouveau-né et lui assure une protection immunitaire. Guidé par l’odeur de sa mère, elle-même particulièrement sensible à celle du bébé, l’enfant se dirige instinctivement vers le sein maternel. Les différentes hormones libérées pendant l’accouchement jouent un rôle spécifique dans l’initiation de la lactation et de la relation d’allaitement, si importante pour le développement harmonieux de l’enfant. Le nouveau-né peut alors demeurer sereinement au contact de sa mère, peau contre peau, dans la chaleur de la présence maternelle.

Difficultés d’allaitement
Une naissance par césarienne se présente de manière radicalement différente. Le nouveau-né entre directement en contact avec les microbes – souvent pathogènes – de l’environnement hospitalier et des membres de l’équipe médicale, contre lesquels lui sont administrés des antibiotiques. D’après une étude finlandaise datant de 1999, la flore intestinale des bébés nés par césarienne est toujours perturbée à l’âge de six mois, ce qui pourrait expliquer un risque accru d’allergie alimentaire (11). Selon des recherches plus récentes, l’effet de ces perturbations est encore perceptible chez des enfants de 7 ans (12). Jusqu’à une époque récente, l’enfant était presque systématiquement séparé de sa mère après une césarienne et cette dernière n’était pas encouragée à allaiter. Avec la généralisation des péridurales et des rachianesthésies, certaines femmes peuvent aujourd’hui donner le sein alors qu’elles sont encore sur la table d’opération. Mais les conséquences de l’intervention chirurgicale pour la mère et les traitements postopératoires infligés à l’enfant ne leur permettent pas de jouir longtemps de cette intimité (13). Dans le cas d’une césarienne programmée, ni la mère, ni le bébé n’ont pas eu l’occasion de mettre en jeu les hormones qui sont impliquées à la fois dans l’accouchement et dans la lactation. C’est pourquoi une césarienne sans travail est associée à des risques accrus de difficultés d’allaitement.
Au Brésil où les taux de césariennes sont parmi les plus élevés du monde, la promotion de l’allaitement maternel a été institutionnalisée. Bien que ce programme soit remarquable par son ampleur, la durée moyenne de l’allaitement maternel exclusif et la durée moyenne totale de l’allaitement restent très en dessous des recommandations de l’OMS (13). Une étude réalisée en 2004 dans une zone urbaine de l’état de Sao Paulo montre que les enfants nés par césarienne sont sevrés plus tôt que ceux qui naissent par voies naturelles (14). Par contraste, dans une autre étude conduite en Arabie Saoudite où 40 % des bébés sont encore nourris au sein à douze mois, la césarienne apparaît comme le principal facteur associé à l’interruption précoce de l’allaitement (15). Toutes ces données confirment qu’il est important de respecter le processus physiologique de l’accouchement, notamment dans la perspective d’un allaitement maternel exclusif prolongé.

Une physiologie perturbée

De nombreuses études démontrent que la physiologie du bébé est perturbée par la césarienne, particulièrement par une césarienne programmée sans travail. Le processus de l’accouchement est en lui-même bénéfique pour le système immunitaire, pour le bon fonctionnement de la respiration ou encore pour celui du cœur. Lorsque le nouveau-né en a été privé, ses réponses immunitaires sont déficientes. Comme ses bronches n’ont pas pu évacuer les sécrétions pulmonaires lors des contractions utérines, le personnel soignant doit aspirer ces liquides mécaniquement pour dégager les voies respiratoires. Une oxygénation artificielle est aussi pratiquée et, dans certains cas, le bébé doit être réanimé. Les interventions post-opératoires de routine comprennent le sondage de son estomac pour prévenir les risques d’infection et l’injection d’air pour vérifier la perméabilité de l’œsophage. Une palpation cardiaque régulière est aussi nécessaire (16).
Toutes ces manipulations sont destinées à pallier les multiples perturbations que le contexte de l’opération césarienne inflige à la physiologie de l’accouchement. Elles sont imposées à l’enfant dès son extraction du ventre maternel, alors qu’il est en pleine possession de sa sensibilité et qu’il vient d’être privé de sa capacité à naître par les voies naturelles. L’empreinte de ce traumatisme sur son développement psycho-affectif le conduira à remettre en scène ces souffrances d’une manière spécifique, dans les multiples situations symboliques de la naissance qui jalonneront sa croissance.
d’après le Dr Michel Odent
(adaptation et rédaction M. A. Cotton)


*Le Dr Michel Odent est chirurgien et obstétricien. Il est le fondateur du Primal Health Research Centre de Londres et l’auteur de nombreuses publications. Les informations condensées dans le présent article sont pour une bonne part extraites de son récent livre Césariennes : questions, effets, enjeux – Alerte face à la banalisation, éd. Le Souffle d’Or, 2005, particulièrement les chapitres 8 à 12.

Notes :
(1) Dr Michel Odent, Primal Health Research, http://www.birthworks.org/primalhealth.
(2) Xu B. et al., Caesarean section and risk of asthma and allergy in adulthood, The Journal of Allergy and Clinical Immunology, avril 2001, 107(4) : 732-3, http://www.birthworks.org/primalhealth/databank.phtml?study=326.
(3) Xu B. et al., Obstetric complications ad asthma in childhood, The Journal of Asthma, 2000, 37(7) : 589-94, http://www.birthworks.org/primalhealth/databank.phtml?study=314.
(4) Kero J. et al., Mode of delivery and asthma – is there a connection ?, Pediatric Research, juillet 2002, 52(1) : 6-11, http://www.birthworks.org/primalhealth/databank.phtml?study=442.
(5) Hay D. et al., Pathways to violence in the children of mothers who were depressed postpartum, Developmental Psychology, nov. 2003, 39(6), 1083-1094. http://content.apa.org/journals/dev/39/6/1083.
(6) D’après une étude australienne, le risque de dépression maternelle serait multiplié par 7 en cas de césarienne, mais le Dr Odent ne mentionne pas la source de cette étude. Césariennes : questions, effets, enjeux. Alerte face à la banalisation, éd. Le Souffle d’Or, 2005, p. 63.
(7) Tinbergen N. et Tinbergen A., Autistic Children, Allen and Unwin, London, 1983.
(8) Hultman C. M. et al., Perinatal risk factors for infantile autism, Epidemiology, 2002, 13 : 417-423, http://www.jr2.ox.ac.uk/bandolier/booth/Vaccines/periaut.html.
(9) Glasson E. J. et al., Perinatal factors and the development of autism : a population study, Archives of General Psychiatry, juin 2004, 61(6) : 618-27, http://www.birthworks.org/primalhealth/databank.phtml?study=467.
(10) Lundbland E. G. et al., Induction of maternal-infant bonding in rhesus and cynomolgus monkeys after caesarian delivery, Laboratory Animal Science, 1980, 30 : 913.
(11) Gronlund M. M. et al., Fecal microflora in healthy infants born by different methods of delivery : permanent changes in intestinal flora after cesarean delivery, Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition, janvier 1999, 28(1) : 19-25, PubMed 9890463.
(12) Salminen S. et al., Influence of mode of delivery on gut microbiota composition in seven year old children, Gut, 2004, 53 : 1388-1389, http://gut.bmjjournals.com/cgi/content/full/53/9/1388-a.
(13) Marques N. M. et al., Breastfeeding and early weaning practices in northeast Brazil : a longitudinal study, Pediatrics, octobre 2001, 108(4) : E66. http://pediatrics.aappublications.org/cgi/content/full/108/4/e66.
(14) Figueiredo M. G. et al., Rapid assessment of current infant feeding practices in Sao Jose do Rio Preto, Sao Paulo, Brazil, Cadernos de Saude Publica, janvier-février 2004, 20(1) : 172-9, PubMed 15029318.
(15) Shawky S., Maternal factors associated with the duration of breastfeeding in Jeddah, Saudi Arabia, Paediatric and Perinatal Epidemiology, janvier 2003, 17(1) : 91-6, PubMed 12562476.
(16) Le lien suivant permet de réaliser l’ampleur des tortures infligées aux bébés mis au monde par césarienne  : http://www.perineology.com/mac/premsoins_im1.htm.

Positions d'accouchement

Source (téléchargement des posters en différents formats) : AFAR

1. Des positions pour faciliter et accélérer l'accouchement

2. Des positions pour faciliter la naissance de votre bébé


Ces posters ont été réalisés par le National Childbirth Trust et affichés dans les maternités du Royaume-Uni. Avec l'aide de Viviana Tobi (pour la version espagnole), l'Alliance Francophone pour l'Accouchement Respecté (AFAR) a édité plusieurs versions de ces posters : une version française et espagnole.
Une version tchèque a été publiée.

mercredi 8 décembre 2010

Accompagnement global contre dépression post-partum

Source : http://www.poule-pondeuse.fr/2010/12/08/i-have-a-dream/

Un magnifique article de la "poule pondeuse", sur l'importance d'un suivi global de la femme enceinte pour éviter, entre autres, la dépression post-partum...

dimanche 5 décembre 2010

Préparation à l'accouchement indien


Pour une Indienne, rien de plus naturel que d'accoucher en position accroupie. Elle vit dans cette position ; elle y est entraînée, habituée, préparée. Pour la femme civilisée, c'est différent. La plupart n'acceptent pas cette position et la trouvent vexante et ridicule.
Il y a peu de temps encore, les femmes qui habitaient l'intérieur du pays, ou qui, pour une raison quelconque, auraient eu un enfant en position accroupie, l'auraient nié et en auraient été honteuses.
— Accroupie ? Moi, non. J'ai eu tous mes enfants comme il se doit, couchée, au bord du lit.
Aujourd'hui, le nombre de nos femmes qui sont fières d’avoir mis des enfants au monde à la manière indienne est impressionnant ; l'acceptation facile, la demande spontanée ont augmenté de façon rapide, même avant que la télévision ait amplement divulgué cette méthode.
Lors de la préparation des femmes, nous cherchons à leur faire comprendre les avantages de la " nouvelle ancienne " méthode.
Nous essayons de le faire avec des mots faciles à comprendre. Bien que les plus instruites puissent juger notre exposé primaire, celui-ci est bien accueilli et les résultats sont excellents.
Nous réunissons les femmes en des cours collectifs. Les avantages " surgissent " d'une série de questions élaborées, dont la réponse évidente met en valeur les avantages que nous voulons faire ressortir.

1. Comment est-il plus facile d'avoir des enfants, couchée ou en position accroupie ?
En 1978, plus de 90% répondaient que c'était en position couchée. Aujourd'hui, la proportion est inverse, l'immense majorité manifeste sa préférence pour la position accroupie.

2. Pour que le bébé puisse naître, qu'est-ce qui est plus facile, un vagin ouvert ou un vagin fermé ?
— Ouvert, naturellement.
Chez la femme couchée, le matelas pousse les muscles des fesses et le coccyx en avant, rétrécissant ainsi le vagin.
Chez la femme accroupie, le vagin s'élargit dans le sens tranversal et, si elle force la flexion du thorax, comme si elle voulait voir le bébé naître, le coccyx est poussé vers l'arrière, élargissant le vagin dans le sens antéro-postérieur, l'ouvrant davantage, dans tous les sens.

3. Quel est celui qui se déchire le plus fréquemment ?
— Celui qui est fermé, naturellement.

4. Qu 'est-ce qui est plus facile à pousser, une voiture à la montée ou à la descente ?
Chez la femme couchée, le canal pour l'accouchement se transforme en une côte escarpée, dont la sortie s'oriente en direction du plafond. Chez la femme accroupie, ce même canal entre en pente accentuée et, si elle se penche pour voir l’arrivée de l'enfant, la sortie du vagin est dirigée directement vers la terre, vers le plancher de la pièce.
La femme couchée, pour faire naître le bébé, doit le pousser vers le haut. Ce sont trois à quatre kilos qui doivent passer par un canal étroit, en pente vers le haut.
En position accroupie, elle pousse trois à quatre kilos vers le bas. La force de la gravité, non seulement attire le fœtus, mais elle lui ajoute encore le poids des viscères abdominaux mobiles (intestin) qui aident à donner de l'impulsion au bébé, vers l'autre côté, celui du dehors.

5. Comment est-il le plus facile de pousser, les jambes en l’air, soutenues par des supports, ou les jambes appuyées par terre ?
La position gynécologique retire du jeu, met de côté la masse musculaire des membres inférieurs, la plus importante et la plus efficace du corps humain. Il n'y a qu'à analyser les dessins pour en tirer ces conclusions.

6. Quel est le cas qui exige le plus souvent l'application du forceps, ces fers effrayants ?
Pendant l'accouchement en position couchée, la femme, les jambes en l'air, les muscles des jambes exclus de toute participation, doit pousser le bébé vers le haut, à travers un canal comprimé. Souvent la force lui manque et le médecin doit l'aider. Le forceps est alors indiqué. La force que le médecin doit imprimer au forceps ne doit pas dépasser quatre kilos.
Chez la femme accroupie, le poids du bébé représente à lui seul ces trois à quatre kilos.
La même chose peut se dire de la césarienne, nécessaire plus rarement, plus facile à pratiquer, avec moins de souffrance pour la mère et le fœtus. Cette opération de sauvetage reste réservée à un nombre bien moindre de cas où elle est réellement indiquée, et non plus valorisée comme une des meilleures acquisitions de l'obstétrique de tous les temps.

7. L'enfant. Quel est celui qui court le plus grand risque de souffrir de lésion cérébrales : celui qui, pour naître, doit traverser un canal plus étroit ou un canal plus ouvert ?
— Celui qui passe par un canal plus étroit.

8. Et pour les poumons, qui sont le siège le plus commun de maladies des nouveau-nés, quel est l'accouchement qui offre le plus de risques ?
Chez la femme couchée, l'enfant naît lui aussi couché. Il ne sait pas encore se défendre, cracher, avaler, pour se délivrer du contenu qui lui bouche le nez, la gorge.
Dans l'accouchement vertical, l'enfant sort du canal vaginal la tête en bas, le corps au-dessus. La gravité se charge de faire la désobstruction des voies respiratoires, les nettoyant pour laisser entrer l'air. Dans cette position, il est plus difficile d'aspirer des corps étrangers. C'est comme si on essayait de boire un verre d'eau la tête en bas.

Apprenez l’accouchement accroupi !
La meilleure position, naturelle, pour vous et votre enfant.
Dr Moyses PACIORNIK
Editions Pierre-Marcel FAVRE

samedi 4 décembre 2010

Appel

Un appel, non pas à témoin, mais à la recherche d'articles scientifiques, lancé par une des lectrice du blog. N'hésitez pas à lui indiquer vos découvertes dans les commentaires...

"Bonjour,

je lis le blog avec beaucoup d'attention depuis longtemps.
Dans le cadre de mon travail, je dois contribuer à la rédaction d'un rapport sur l'obstétrique en France.
Je voudrais pour cela collecter des études scientifiques sur la iatrogénicité induite par la médicalisation de l'accouchement, sur ce que la recherche de la sécurité peut avoir de néfaste, sur des organisations de l'obstétrique différentes (Pays-bas, Suède, ...), sur les maisons de naissance, ... Bref, sur les alternatives à la vision selon laquelle l'accouchement est dangereux.

Pourriez-vous m'indiquer des sources, ou même publier un article sur votre blog pour demander aux lecteurs de se manifester s'ils ont connaissance de tels articles.

Merci d'avance

Anne"

Message !

"Bonjour,

Nous sommes quelques parents à souhaiter qu’il y ait une maison de naissance sur Toulouse.
Un lieu qui ressemble à son chez soi, tout en étant proche d’une maternité.
Un lieu avec un suivi global (grossesse, accouchement, suites) par une même sage-femme
Un lieu permettant aux femmes, dont la grossesse se déroule normalement, de vivre un accouchement physiologique, sans médicalisation.

Actuellement, il n’existe pas de maison de naissance en France. Mais la loi vient de changer : l’assemblée nationale vient de voter l’article 40 du PLFSS, "permettant la mise en place d’une expérimentation des Maisons de Naissance attenantes à une maternité" http://www.ciane.info/article-article-40-du-plfss-communique-de-presse-60252565.html

Fort de cette nouveauté, nous désirons rentrer en contact avec des (futures) parents qui eux aussi souhaitent qu’un jour, il y ait une Maison de Naissance sur Toulouse.
Si ce projet vous touche, vous interpelle, vous questionne, vous pouvez nous contacter, et c’est avec plaisir que nous vous répondrons.
Nous organiserons prochainement une rencontre, l’occasion de présenter ce qui existe déjà en France, et de discuter du projet Toulousain.

Vous pouvez aussi nous rejoindre, nous avons besoin de parents, futurs parents, mamans, …. Pour qu'un projet toulousain voit le jour, il nous faut être plus nombreux.

Myriam (maman de 2 enfants)
Pour une maison de naissance sur Toulouse ?!
myriam_emmanuelli (at) hotmail (point) com

mercredi 1 décembre 2010

L’ « accouchante », le soignant et la naissance

 
L’ « accouchante », le soignant et la naissance

À vrai dire, je n’ai jamais compris comment les médecins pouvaient oser dire aux femmes comment il fallait qu’elles accouchent. D’autant que, lorsque j’ai commencé mes études les médecins pour la plupart étaient des hommes.

Lorsque j’ai terminé mes études, au Centre hospitalier du Mans (France) à la fin des années 70, il y avait à la maternité une petite équipe de médecins assez jeunes. Et bien sûr, beaucoup de sages-femmes - mais pas un seul homme parmi elles : on trouvait encore, à l’époque, que ça n’était pas un travail pour un homme. Ça n’a pas beaucoup changé depuis.

L’un des médecins présents, le meilleur gynécologue-obstétricien que j’aie jamais connu, avait fait aménager l’une des salles d’accouchement en « salle nature ». L’accouchante (je trouve ça moins barbare que « parturiente ») y était installée sur une estrade, allongée sur un matelas très souple. L’estrade pouvait se transformer en lit d’accouchement (avec des étriers) en cas de besoin, la patiente pouvait déambuler comme elle voulait, elle n’était pas enchaînée à un appareil de monitorage, et on laissait les jeunes parents tranquilles s’ils  voulaient qu’on leur fiche la paix.

Cet obstétricien était souvent accusé d’être « trop gentil », « trop compréhensif », trop « féminin » (donc, « pas assez autoritaire ») avec les femmes. Il n’était pas assez « interventionniste ». 

Ce que beaucoup trop de soignants ont tendance à oublier, c’est que l’accouchement est un moment difficile, certes, mais intime et… physiologique – autrement dit « normal ». Ce qui n’est pas « normal » c’est de le transformer en rodéo médical ! Le souci légitime de s’assurer qu’un accouchement se passe bien ne peut en aucune manière se substituer à la manière dont les premières intéressées souhaitent que ça se passe. De plus, l’idée selon laquelle les femmes prendraient des risques inconsidérés pour accoucher est, au mieux, paternaliste ; au pire, stupide : je ne connais pas de femme qui a envie de mourir en couches,  de faire mourir son enfant ou de le voir naître avec une complication obstétricale. Toutes sont prêtes à entendre les précautions à prendre. Ça ne les oblige cependant pas à se laisser imposer des gestes ou des procédures sans intérêt démontré pour la bonne santé de leur enfant. Les examens pelviens répétés, le monitoring continu, la position allongée permanente, l’épisiotomie quasi-systématique ne sont pas des procédures indispensables : l’immense majorité des accouchements se passent bien sans elles.

On peut objecter que toutes les femmes ne connaissent pas les dangers et les réalités d’un accouchement et ne peuvent pas toujours déterminer ce qui sera, ou non, utile. Certes, mais ça ne justifie pas de les traiter comme des demeurées. Même sur le point d’accoucher une femme (ou un couple) peuvent prendre des décisions ! D’autant que tout le monde veut la même chose : un accouchement qui se passe bien pour la mère et l’enfant, et sur lequel on ait le moins possible besoin d’intervenir.

Médecin de famille depuis près de trente ans (et père de famille depuis presque autant), j’ai toujours eu le sentiment que grossesse et accouchement étaient pour beaucoup de soignants (surtout les médecins mais pas toujours qu’eux) des occasions de « normaliser » le comportement ou les croyances des femmes. Un souhait aussi élémentaire que celle de pouvoir se mettre debout et déambuler dans la salle de travail parce que c’est moins pénible que rester allongée – « Sur le côté droit, Madame, sur le côté droit, sinon ça comprime votre veine cave et c’est pas bon pour le bébé » - ne devrait pas se voir opposer une fin de non-recevoir aussi arbitraire qu’anti-scientifique (quand une accouchante est debout, plus rien ne la comprime, sa veine cave… et la gravité aide la tête à descendre dans le canal pelvien).

Il m’est arrivé de suivre des femmes qui souhaitaient accoucher chez elles, parce qu’elles avaient vécu un ou des accouchement(s) à l’hôpital, qui s’était (médicalement parlant) très bien passé mais leur avait laissé (humainement parlant) un souvenir désastreux. Tout ce qui était présenté comme médicalement nécessaire n’avait contribué qu’à leur donner le sentiment d’être des objets dans les mains des médecins, et non des femmes adultes et pleinement soutenues à l’occasion de cet évènement –phare de leur vie.

Au début de ma carrière, j’étais bien embêté par cette requête. Je n’avais vu que des accouchements en maternité, et l’idée d’un accouchement à la maison me faisait très peur. Mais à la même époque, un obstétricien-mandarin réputé de France (Yves Malinas) publiait dans un journal destiné aux omnipraticiens un article très clair expliquant comment accoucher une femme à domicile. À ceux qui auraient protesté il répondait très justement que 1° parfois, les accouchements se déclenchent sans prévenir ; 2° que l’immense majorité des accouchements se passent très bien et sans intervention humaine (ou très peu) ; 3° que son article visait surtout à expliquer au soignant que, mis dans cette situation, il ne fallait pas en faire trop : Primum non Nocere.

Après avoir lu cet article, mon attitude s’est beaucoup détendue. Elle s’est encore plus détendue après que j’ai rencontré quelques sages-femmes de ville et parlé avec elles de leur pratique.

Aujourd’hui, les connaissances ayant beaucoup progressé depuis les années 80, je suis encore plus détendu. Une femme (un couple) est non seulement en droit de définir ce qu’il veut ou ne veut pas (ou, plus précisément : de « démédicaliser » sans risque son accouchement). Et les soignants sont suffisamment armés et expérimentés pour aider cette femme à mettre son enfant au monde de la manière la plus intime et la moins interventionniste possible, en partageant ce qu’ils savent avec ceux qu’ils sont là pour servir, et non pour asservir.



Marc Zaffran, M.D. (Martin Winckler)